Quand le bijou n'était pas beau — Lettre 04

Lettre 04 — Les Lettres du Sceau

Il fut un temps où le bijou ne cherchait pas à être beau.
Il cherchait à être reconnu.

Avant d'être ornement et parure, le bijou était aussi un signe lisible.

Porter un bijou signifiait quelque chose.
D'un regard, on pouvait comprendre à qui l'on avait affaire.

Colliers néolithiques en pierre, coquillage et os provenant de la Cueva del Hoyo de la Mina à Málaga, datés de 7 000 à 5 500 BP.

Deux colliers en pierre, coquillage et os.
Néolithique, 7 000–5 500 BP.
Cueva del Hoyo de la Mina / Museo de Málaga.

Photographie : Tyk. Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Certains bijoux marquaient un passage : l'entrée dans l'âge adulte, l'appartenance à un groupe ou encore un rôle nouvellement acquis.

Certaines parures de coquillages ou de perles ont pu accompagner des femmes et porter des notions de fécondité, de transmission ou de lien entre les générations.

À l'inverse, certaines parures composées de dents ou de trophées animaliers ont pu être associées à la chasse, à la protection, au prestige ou à la survie du groupe.

Le bijou n'était pas seulement décoratif.
Il était à la fois fonctionnel, symbolique et social : il pouvait dire l'âge, le rang ou la place, sans qu'un mot ne soit prononcé.

Parure préhistorique composée de petits coquillages et d'éléments lithiques disposés en collier.

Parure composée de coquillages et d'éléments lithiques.

Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Le bijou avant la beauté

Un bijou

Je suis reconnu

J'appartiens

Je protège

Je transmets

Je suis admiré

Un langage sans mots,
compris de tous.

Un lien avec les autres,
une identité partagée.

Une protection pour soi
et pour le groupe.

Un symbole transmis
aux générations futures.

La beauté viendra plus tard,
ajoutée à la fonction,
mais jamais à sa place.

Plus tard, avec la hiérarchisation des sociétés, l'émergence des élites et des cours, la beauté s'ajoute à la fonction.

Mais elle ne la remplace jamais totalement.
Les bijoux continuent de dire le pouvoir, l'influence et le statut.

Canines de loup perforées utilisées comme éléments de parure au Magdalénien, provenant de Gourdan-Polignan.

Canines de loup (Canis lupus) perforées, éléments de parure.
Magdalénien.
Gourdan-Polignan / Muséum de Toulouse.

Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Comprendre cela,
c'est comprendre que les bijoux anciens ne naissent pas du désir de plaire, mais du besoin de signifier.

— Jennifer
Maison Le Sceau d'Hippocampe

« Avant d'être admiré, le bijou devait d'abord être reconnu. »


Sources

  • d'Errico F., Vanhaeren M. et al., « Additional Evidence on the Use of Personal Ornaments in the Middle Paleolithic of North Africa », PNAS, 2009.
  • Borić D. & Cristiani E., « Taking Beads Seriously: Prehistoric Forager Ornamental Traditions in Southeastern Europe », PaleoAnthropology, 2019.
  • Schechter H. C. et al., « Making Ties and Social Identities », PLOS ONE, 2023.

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